HISTOIRE D’UNE CANE ET D’UN LIVRE

Une cane couvait quatre œufs, comme l’avaient fait sa mère et celles bien avant.

Trois œufs avaient une belle couleur dorée et mûrissaient bien au chaud. Le quatrième semblait agité de mouvements étranges, même lorsqu’elle s’endormait dans son nid bien dissimulé parmi les roseaux.

Vint le moment de l’éclosion, chaque œuf se craquela petit à petit pour laisser apercevoir une petite tête curieuse et velue. Le quatrième œuf prit plus de temps à se révéler. Curieuse, la mère cane lui donnait de petits coups de bec pour l’aider à sortir de la coquille. Un caneton finit par émerger, timide et maladroit ; il était différent des trois autres. Elle lissa ses plumes comme pour les autres, l’aida à se tenir sur ses frêles pattes pour l’aider à se tenir droit. Quel était donc ce mystère ? la cane décida de laisser la nature jouer son rôle, il était son enfant et elle l’aiderait à trouver sa place, comme les autres. Elle le laissa expérimenter sa découverte du monde qui l’entourait, trouver son indépendance, tout en se demandant comment elle avait pu donner naissance à ce caneton silencieux.

Elle les emmenait la suivre sur l’eau de l’étang, fière de voir cette petite procession avancer dans son sillage. Ils n’étaient pas plus beaux que les autres canetons sillonnant derrière leur mère, mais c’était les siens et elle les aurait reconnus parmi tous.

Un jour, elle trouva ce petit canard différent caqueter parmi sa tribu de canes et canetons, enfin, il parlait. Les autres l’écoutaient avec attention. Et elle s’approcha pour écouter son discours. Il racontait une histoire étrange, peuplée d’êtres différents. Une histoire qu’elle reconnut dans la stupéfaction. C’était l’histoire qu’elle imaginait soir après soir avant de s’endormir. Les autres canards l’écoutaient, intéressés et le questionnaient sur des détails de l’histoire. Celui-ci leur répondait sereinement, comme elle leur aurait répondu s’ils l’avaient questionnée, elle. Il avait perçu ses songeries et vivait dans cet univers, une fois éclos. Il était devenu un livre ouvert, ouvert aux autres et vivait sa vie, indépendamment d’elle. Ce caneton était sien et prenait maintennt son envol, pour raconter son histoire à ceux qui vouaient bien l’entendre.

Un livre avait vu le jour.

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